Ce que les jeunes du RAJE savaient déjà: quand des rapports scientifiques confirment ce qu’on dit!

Publié: 20 décembre 2010 dans Infos pertinentes

Un tout récent rapport du Conseil national du bien-être social du Canada (CNBES), intitulé Revenus de bien-être social 2009, nous apprend au moins trois choses importantes : 1) l’accès des personnes à l’aide de dernier recours est de plus en plus difficile, 2) les prestations sont largement inférieures au seuil de pauvreté et enfin 3) avant de vous accorder votre droit à l’aide de dernier recours, l’État vous oblige d’abord à sombrer dans la plus grande misère.

En fait, les conditions pour entrer à l’aide sociale et les faibles montants accordés ensuite sont si « misérables », qu’on risque de ne plus avoir la capacité d’en sortir indemne. Selon Don Drummond, ancien économiste en chef à la banque TD : « Il faut que les personnes dans une situation précaire tombent pratiquement dans la misère avant qu’elles puissent avoir droit à l’aide sociale. Les faits nous apprennent cependant que lorsque l’on tombe dans la misère, on risque d’y rester. On n’a plus les moyens pour absorber les baisses de revenus ou les coûts imprévus. » Le CNBES conclut que notre système d’aide sociale est « désuet et contre-productif ».

À l’instar de ce rapport, nous constatons que le gouvernement du Québec, au cours des dernières années, a restreint l’accès à l’aide sociale et qu’il impose aux personnes, une fois admises, des prestations insuffisantes. Les obstacles sont d’autant plus grands pour les jeunes adultes, notamment les 18-24 ans, soupçonnés à priori par les agents de l’État « de ne pas faire tout ce qu’il faut » pour s’insérer en emploi. Et ce, parfois, au mépris d’une trajectoire de vie marquée par l’exclusion (de la famille, de l’école, des services sociaux, du marché de l’emploi, de la citoyenneté), l’extrême pauvreté et parfois l’itinérance.

Depuis août 2010, plus d’une centaine de ces jeunes adultes se sont rassemblés sous leur propre bannière : le Rassemblement de la jeunesse citoyenne (ou RAJE citoyenne). Ces jeunes refusent d’être marginalisés. Aujourd’hui, ils et elles luttent pour un accès équitable à l’aide sociale et aux programmes de retour aux études et de formation offerts par les centres locaux d’emploi (CLE). Les adversaires sont de taille : le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Sociale du Québec (MESSQ) et les préjugés grandissants de la population québécoise à l’encontre de l’assistance sociale.

Ces jeunes considèrent l’aide sociale comme un pont vers les programmes offerts par les CLE. Ils ne veulent pas rester pris sur ce pont, mais le franchir dans l’espoir d’améliorer leurs compétences et leur position sur le marché du travail. Ils savent bien que les petits boulots et les emplois au salaire minimum ne leur permettront pas de vivre décemment. Cependant, l’accès à ce pont leur est de plus en plus refusé par des moyens bureaucratiques et administratifs d’exclusion. Exigence d’une « lettre de subsistance » pour expliquer en détail comment ils ont survécu au cours des derniers mois, voire des deux dernières années. Chaque blanc de mémoire deviendra une raison de faire traîner la demande durant des mois ou de la rejeter. Exigence d’une contribution parentale ou d’une attestation « prouvant » que les parents ont « rejeté » leur enfant (qui est un adulte!) et permission de les poursuivre en justice. Et on pourrait continuer : exigence de remettre tous les relevés scolaires, toutes les cartes possibles et imaginables, des certificats de décès des parents et plus encore, selon l’imagination des agents de l’État! Tout ça pour un maigre 580$ par mois. C’est moins compliqué d’entrer à l’hôpital pour un infarctus : il suffit d’une petite carte.

Les jeunes du RAJE citoyenne demandent que ces exigences soient ramenées à l’essentiel : carte ou attestation prouvant l’identité de la personne, relevé bancaire des derniers mois, dépôt d’une demande d’assurance-chômage. Une fois admis, ces jeunes ne demandent pas qu’on augmente les prestations d’aide sociale, mais tous voudraient qu’on augmente les revenus de travail permis jusqu’à la hauteur du seuil de faible revenu. Actuellement chaque dollar gagné au-dessus de 200$ par mois est coupé en entier. Ajoutés aux 580$ de base, vous avez droit à la somme mirobolante de 780$ pour vivre par mois. Les jeunes demandent également le développement de places de formation en emploi, dans des entreprises d’insertion ou dans des entreprises socialement responsables qui veulent contribuer à la formation des travailleurs qualifiés de demain.

Les demandes des jeunes du RAJE citoyenne sont si justes, si raisonnables, qu’on se demande bien qui peut bien s’y opposer et au nom de quels principes. Or, il y a des opposants. D’abord le MESSQ et sa ministre Julie Boulet (et les autres avant elle, ce qui ne l’excuse pas) pour qui le bâton est la meilleure approche pour « encourager les jeunes à s’en sortir », et ce, au mépris de leurs conditions de vie. Qu’ils évoquent l’état des finances publiques est insensé : on parle ici de lutte contre l’extrême pauvreté et l’exclusion la plus odieuse. Par malheur, ils sont en cela soutenus par l’opinion publique. Une large frange de la population québécoise voit d’un mauvais œil l’assistance sociale et les assistés eux-mêmes. Les préjugés servent bien notre gouvernement. Qu’à cela ne tienne. Quarante-cinq jeunes du RAJE citoyenne ont manifesté en pleine tempête de neige le 7 décembre dernier, devant la Tour de la Bourse, où sont les bureaux montréalais du MESSQ. Ils veulent parler avec la Ministre. Ils veulent lui proposer des solutions, autre que le bâton. Parce que le bâton, dans leur vie, ils y goûtent souvent et parfois, depuis longtemps. Leur en offrir un autre, c’est s’exposer à un « non » catégorique et à leur révolte.

 

RAJE citoyenne a son groupe Facebook (RAJE citoyenne) où se retrouvent un peu plus de 150 jeunes et organisations jeunesse.

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