Monsieur Bolduc,

Monsieur Blais,

Le Rassemblement de la jeunesse citoyenne s’adresse à vous aujourd’hui pour vous demander ce que vous entendez faire pour les personnes qui désirent finir leur secondaire régulier et qui n’ont pas d’autre ressource que l’aide sociale?

À l’heure actuelle, ces personnes (tant d’âge mineur que majeur) tombent dans le « trou » qui sépare vos ministères. En effet, le Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS) ne prévoit pas l’octroi de prêts et bourses pour des études en formation secondaire générale et le Ministère de l’emploi et de la solidarité sociale (MESS) refuse de soutenir toute démarche d’étude si ce n’est pas pour une formation en lien avec les besoins immédiats du marché du travail. Mais qu’est-ce qu’on fait si nos études secondaires sont menacées, entre autres,  par  la perte d’un logis et des difficultés financières ? Qu’est-ce qu’on fait si, par exemple, notre objectif est d’entamer des études collégiales ou universitaires?

Un cas malheureusement typique et trop fréquent est survenu récemment dans la région du Centre-du-Québec. Une jeune fille qui était à six mois de terminer un secondaire V régulier a vécu une série de difficultés et s’est retrouvée dans une Auberge du Cœur. Sans revenu et sans soutien financier de ses parents, elle a fait une demande d’aide financière de dernier recours à l’approche de ses 18 ans, une demande qui lui a été refusée parce qu’elle allait à l’école à temps plein. Les options qui lui ont été proposé étaient soit de s’inscrire au programme SPRINT (un parcours de formation axé sur l’emploi) ou décrocher, faire une demande à l’aide sociale et ensuite s’inscrire à l’éducation aux adultes. L’obligation de combiner travail et étude représente un risque important de décrochage et surtout, qu’arriverait-il à cette jeune fille si elle n’était pas en hébergement dans une Auberge du cœur ?

Pour régler la situation, une intervenante a dû faire appel au pouvoir discrétionnaire de la Ministre de l’époque, madame Agnès Maltais, ce qui a permis à la jeune fille d’obtenir les prestations d’aide financière de dernier recours, malgré le fait qu’elle soit aux études à temps complet.  C’est aberrant et décourageant de voir des dispositions administratives et légales venir non seulement faire obstacle à la réussite scolaire mais pousser volontairement au décrochage!

Bien que la question ait été soulevée plusieurs fois par des groupes de défense des droits auprès du MESS et que celui-ci se soit engagé à faire un suivi, nous sentons non seulement la légitimité mais l’obligation de souligner publiquement l’urgence d’agir. Nous sommes par ailleurs très inquiets des importantes coupures budgétaires dans les programmes sociaux, dont celles aux MESS et dans le monde de l’éducation aux adultes. Pourtant, le  gouvernement Libéral se targue de faire de la lutte au décrochage scolaire une priorité… Face à ces mesures, comment vous prendre au sérieux et vous considérer à la hauteur ?

Actif depuis 2010, le Rassemblement de la Jeunesse citoyenne (RAJE citoyenne) est un mouvement d’action collective par et pour des jeunes en situation de pauvreté et d’exclusion qui luttent pour améliorer l’accès à la sécurité du revenu et aux programmes d’employabilité, de formation et de retour aux études. Quotidiennement, nous observons l’effet nuisible de la pauvreté et de l’itinérance sur la capacité des jeunes à faire reconnaître et à exercer leurs droits à un revenu et à l’éducation. Les failles entre vos ministères ne font qu’aggraver les choses. C’est pourquoi nous prenons aujourd’hui les devants pour vous interpeller directement afin de jouer un rôle actif dans l’amélioration de nos conditions de vie, d’affirmer et de défendre positivement nos droits et accroître notre pouvoir d’agir sur les inégalités sociales.

Nous espérons fortement que des actions cohérentes seront mises en place en ce sens cet automne avec le premier plan d’action de la Politique nationale de lutte à l’itinérance. Soyez assurer que nous veillerons à vous tenir en haleine sur cette question, car la société québécoise ne peut faire l’économie d’une relève émancipée et éduquée.

Le Rassemblement de la Jeunesse citoyenne

Le printemps dernier (2013), le RAJE Citoyenne était en réflexion quant à son avenir. Serait-il autonome ou continuerait-il au sein du Regroupement des Auberges du Coeur (RACQ) ? Comment RAJE Citoyenne fonctionnerait-il à l’avenir ? Quels en sont les membres ? Quelle est le rôle des intervenant-es au sein du RAJE Citoyenne ? Quelle est donc la mission du RAJE Citoyenne ?

Un comité s’est formé pour réfléchir à toutes ces questions. Il regroupait à la fois des militant-es du RAJE Citoyenne, des intervenant-es, un représentant du CA du RACQ et un membre de la permanence du RACQ. Suite à deux rencontres, une proposition de mission et de membership a été rédigée :

PROPOSITION

1. Mission et place du RAJE citoyenne au sein du RACQ

Créer un espace d’apprentissage et d‘expérimentation de l’éducation populaire et de l’action collective à l’intention des intervenants des Auberges du cœur, des résidents et des anciens résidents des Auberges et des personnes vivant ou ayant vécues des situations d’exclusion sociale.

Plus précisément, le projet RAJE a pour objectif de :

- Permettre aux intervenants des Auberges du cœur d’approfondir leur compréhension de l’éducation populaire et de l’action collective en accompagnant les participants de RAJE dans leur volonté d’agir sur des problèmes collectifs qui les concernent directement.

- Développer chez les participants leur pouvoir d’agir et leur capacité à assumer un leadership dans leur milieu dans une optique de transformation sociale.

- Promouvoir les valeurs qui sont au cœur de tout engagement citoyen progressiste et démocratique.

2. Les membres

a) Membres réguliers:

Jeunes des Auberges et d’organismes jeunesse, ainsi que toutes personnes touchées de près par les revendications et enjeux portés par le RAJE

- Droit de vote

- Première rencontre = juste droit de parole, doit demander d’être membre et démontrer un intérêt et une certaine participation active

- Participent aux rencontres formelles

- Participent au processus de décision

b) Membres associés:

Toutes personnes qui veulent suivre les travaux du RAJE citoyenne et s’impliquer dans les actions

- Participent de temps à autre aux rencontres

- Droit de parole

- Ne font pas partie du processus décisionnel

- Pas de droit de vote

3. Rôle des intervenants

Le rôle des intervenants qui participent au RAJE citoyenne en est un « d’éducateurs et éducatrices populaires », c’est-à-dire qu’ils et elles accompagnent les jeunes membres dans un processus d’éducation populaire qui mène à des actions collectives. Dans ce rôle, les intervenants.tes coordonnent, organisent et animent des activités et des actions qui favorisent la participation des membres du RAJE citoyenne et le développement de leurs capacités à comprendre et à agir collectivement. Enfin, cet accompagnement suppose que les intervenants.tes se forment à l’éducation populaire et à l’action collective afin d’améliorer leurs capacités à accompagner les membres du RAJE citoyenne.

4. L’autonomie du RAJE citoyenne

Le RACQ aura la responsabilité de valider le message porté par le RAJE citoyenne avant ses prises de parole et ses actions publiques. Cette validation se fera surtout sur la forme que sur le fond. Cette validation devrait aller de pair avec des objectifs de former les intervenants et les jeunes militants du RAJE Citoyenne aux communications publiques et médiatiques.

Cette proposition a été présentée lors de la dernière Assemblée Générale (AG) du RACQ. L’AG devait préciser quel soutien le RACQ choisirait d’offrir au projet RAJE Citoyenne, autrement dit: Un avenir pouvait-il être entrevu pour le RAJE Citoyenne au sein du Regroupement?

 Suite à des débats assez animés, la proposition a finalement été adoptée à majorité (la plupart des Auberges étaient d’accord). Une nuance a toutefois été apportée : dans un an, l’AG du RACQ sera amenée à réévaluer la situation globale du RAJE Citoyenne.

Ayant visionné ce film pour la première fois lors de la projection du 17 septembre, j’étais exposé pour la première fois à une réalité dont je n’avais pu jusqu’à date que me douter. J’ai pris conscience de cas de jeunes cherchant le soutien de l’État par le biais de l’aide sociale et ayant été confrontés à une machine bureaucratique dont les mécanismes se surpassent les uns les autres en complexité. À travers leur histoire respective, j’ai vu l’expression concrète et factuelle d’une volonté politique de restreindre l’accès à ce service, de ne pas faire face à la réalité dérangeante qu’incarne la pauvreté et même d’un dédain et d’un snobisme crasse face aux gens les plus désœuvrés de notre société. À travers une vision purement mécanique de la conception « d’aide à la pauvreté », l’accession au « chèque » se fait sans aucune considération pour les obstacles concrets auxquels doivent faire face ceux qui se résignent à y avoir recours. Indépendamment de la réalité humaine vécue par chacun de ces individus, ils sont pris comme des numéros devant se soumettre à une sélection féroce.

Autre chose contre laquelle je n’ai pu que me révolter, c’est l’exigence de censurer le blogue du RAJE citoyenne lorsque ceux-ci se sont mis à décrier plus énergiquement leur mécontentement face à l’amorphisme du Ministère de la solidarité sociale. Cela m’a vaguement évoqué une certaine région d’Europe de la période 1933-1945. Comme s’il leur était plus important de préserver leur apparence de ministres ouverts et à l’écoute et d’utiliser tous les outils dont ils disposent pour faire taire les voix discordantes que d’être réellement engagés dans une dynamique constructive de négociation et de résolution de problème.

Le visionnement de ce film ajoute des arguments de poids à la théorie selon laquelle la société québécoise s’aligne de plus en plus sur une mentalité globale de droit économique au détriment du droit humain, imposée par une élite financière tirant les ficelles des gouvernements occidentaux et faisant la guerre aux gouvernements (et aux populations) récalcitrants. À mon sens, j’estime que le litige alentour de la problématique d’accès à l’aide sociale n’est pas tant la cause d’une injustice que le symptôme de mentalité d’économiste, de banquier et de corporatiste qui tasse du revers de la main tout ce qui ne contribue pas à l’augmentation du PIB, de la croissance de la consommation et qui ne renforce pas le pouvoir pyramidal de cette élite. En résumé, selon moi cette situation s’inscrit comme une tentative parmi tant d’autres de créer un fossé de plus en plus grand entre les dirigeants et les dirigés, au sein d’une stratégie globale simultanée de raffermissement des pouvoirs de cette élite et d’affaiblissement du pouvoir de la majorité.

En terminant, avoir été exposé à ce film m’a autant conforté dans ma perception préexistante d’un agenda politique et économique particulier destiné aux masses, que me laisser d’autant plus perplexe sur les moyens concrets à prendre pour le combattre.

Pour voir le film, cliquer ICI: ET SI ON EXISTAIT… Le film d’une lutte pour exister!

 

Le film va commencer!

Le film va commencer!

17 septembre 2013,

Cette soirée-là, à l’Auberge du coeur le Tournant, nous avons pu ressortir des archives ce film très pertinent produit par le RAJE citoyenne pour pouvoir constater à quel point il est encore, malheureusement, d’actualité.

 

Personnes présentes :

-2 résidents du Tournant, 1 militant du RAJE citoyenne, 2 intervenant-es du Tournant, 2 stagiaires

-Parmi ces personnes, seules une intervenante et le militant du RAJE citoyenne avaient vu le film

Sujets de discussion :

Les jeunes font part de leur propre expérience relative à leurs démarches auprès de l’aide sociale;

-L’un d’entre eux est présentement en train de faire les démarches. À chaque nouveau rendez-vous au bureau de l’aide sociale, on lui demande de fournir davantage de documents… Il a l’impression que les fonctionnaires lui répondent comme des «machines», il mentionne qu’il faudrait des intervenants (soutien individuel et références de ressources) aux bureaux de l’aide sociale et non des gestionnaires. Il a lui aussi eu des difficultés liées au formulaire de contribution parentale. C’est la troisième fois qu’il entame le processus; les deux autres fois, face aux demandes interminables de documentations et de formulaire à remplir, son dossier n’a pas été traité. Il a perdu son appartement et s’est retrouvé à la rue.

Discussion en plein air

Discussion en plein air

-Un autre d’entre eux a complété le processus sans se heurter à un obstacle particulier, mais cela lui a pris 1 mois et demi. Une réflexion de groupe s’en est suivi sur l’importance accordée à l’apparence (vêtements propres et conformistes) et à la "tenue" (pas de sacres, attitudes coopératives, pas en état de consommation) dans les bureaux de l’aide sociale. De plus, pour certains jeunes s’ajoutent des obstacles tels qu’une problématique liée à la consommation ou encore des difficultés à se repérer dans un processus hyper-bureaucratique (personne analphabète, difficultés de se déplacer pour obtenir les formulaires, réussir à préserver les documents lorsque les jeunes sont parfois à la rue, n’ont pas d’adresse où recevoir le chèque, pas de téléphone, etc.).

-Un autre a confié les difficultés particulières que lui a causé le formulaire de la contribution parentale

L’intervenante a mentionné le projet pilote qui a été mis en place au sein des Auberges du Cœur concernant la signature du formulaire de contribution parentale, puis s’en est suivi une discussion sur les actions passées du RAJE citoyenne, qui ont entre autres menées à mettre en place ce projet pilote. Puis, nous avons discuté en groupe des limites du projet et le dilemme du RACQ dans la mise en place de celui-ci (tension entre le désir de nier la nécessité de ce formulaire qui nie l’autodétermination des jeunes et le désir de la grande différence que crée cette opportunité pour certains jeunes)

Le militant du RAJE Citoyenne a résumé les actions mise en place les années passées, lu une lettre qui a été envoyé à la ministre, parlé des négociations qui se sont tenues, etc.

Puis, la discussion est devenue plus théorique et plus globale : sur le néolibéralisme, sur les problématiques structurales et politiques de la société, la question de choix social que font les gouvernements, leur rôle faussement représentatif en politique, les problèmes du système économique, etc.

Enfin, nous nous sommes questionné sur comment prendre action sur notre quotidien sans renforcer le système ou y contribuer? Comment arriver à changer le fond du problème et ne pas juste s’attaquer à ses conséquences…

-Dénoncer les mécanismes du système, s’organiser entre nous selon nos propres règles et principes, solidarité entre les luttes…

Questions encore en suspend, mais volonté d’en rediscuter et peut-être d’agir!

Chère Madame Maltais,

Nous, le Rassemblement de la Jeunesse citoyenne, prenons la parole aujourd’hui parce qu’avec vos coupures à l’aide sociale, vous vous mettez directement en travers de notre route vers un Québec plus juste et égalitaire.

Nous avons rencontré votre attachée politique Lucie Godbout, vendredi le 11 janvier dernier, et lui avons fait part de nos revendications concernant l’accès à un revenu, à l’éducation, à la formation et à l’emploi pour les jeunes.  Elle nous a affirmé que la priorité de votre gouvernement était "d’aider financièrement les personnes à l’aide sociale par un soutien financier direct".

À l’heure actuelle, vous allez plutôt dans le sens contraire. Avec les mesures que vous annoncez, il nous semble clair que pour le Parti québécois, inciter à l’emploi veut dire appauvrir et affamer le monde.  Soyons réalistes, vous savez aussi bien que nous qu’appauvrir le monde, ça ne fait que les enfoncer davantage dans la pauvreté et non pas les inciter à l’emploi comme vous dites.  Vos coupures ne feront qu’exclure encore plus de jeunes et de moins jeunes, briser des familles, briser des vies, briser des avenirs.  Et pourquoi?  Est-ce parce que vous êtes au service du marché, de l’économie, des entreprises et de l’idéologie néolibérale?

Madame Maltais, le discours que vous tenez depuis le début pour justifier vos coupures est des plus méprisant.  Vos propos discriminants propagent les mêmes vieux préjugés envers l’aide sociale auxquels vos prédécesseurs nous ont habitués.

Vous parlez de dignité, et vous dites que pour être digne dans la vie il faut avoir un emploi.  Mais nous aimerions vous faire connaître le philosophe Paul Ricoeur qui disait que la dignité, c’est le respect que l’on se doit à soi-même et aux autres. La dignité, c’est le respect qui est dû à chaque être humain du fait qu’il est humain.  C’est un respect inhérent à la condition humaine sans considération au sexe, à la couleur de la peau, à la santé mentale et physique, à la religion, au statut social, etc.  Or, avec tous les préjugés que vous véhiculez envers les assistés sociaux, sachez que vous représentez davantage une menace à la dignité quand vous la redéfinissez comme bon vous semble pour justifier vos coupures.  Laissez-nous donc définir nous-mêmes ce qui est digne pour nous.  Nous pensons que ça fait plus de sens en démocratie que de laisser parler les premières personnes concernées plutôt que de parler à leur place.

Puisque vous êtes la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, on se sent en droit d’attendre de votre part, que vous défendiez des valeurs comme la solidarité, l’inclusion, l’ouverture et non que vous vous fassiez la porte-parole du Conseil du Trésor pour justifier des coupures imposées d’en haut.  Vous pourriez pourtant faire allusion à la commission Charbonneau, à tous ces voleurs en cravate qui détournent le bien commun, ou à tous ces biens nantis qui utilisent les abris fiscaux pour ne pas payer leur dû.  Pourquoi n’en prendriez-vous pas un peu à ceux qui en ont assez pour en corrompre d’autres?  Préférez-vous vraiment déséquilibrer les citoyens les plus appauvris au nom de l’équilibre budgétaire de la province et des plus riches?  Serait-ce parce que vous êtes plus près d’eux et de leur argent que vous ne l’êtes de nous?

Maintenant, nous vous demandons de refaire vos devoirs. Retrouvez donc votre tête bien pensante de 2004 et essayez donc d’être une Ministre de la solidarité sociale qui n’acceptera pas ces coupures, puisqu’elles sont inacceptables! Vous avez ajouté: “’Si c’est ça faire de la lutte à la pauvreté et à l’exclusion, tout ce que ça va faire, ça va mettre du monde dans des conditions indécentes et inacceptables.’’ (Maltais, 2004)

Nous, membres du Rassemblement de la Jeunesse citoyenne, nous tenons à vous dire que nous nous battrons, avec nos alliés, pour qu’on avance vers un Québec où la justice sociale, la solidarité et la dignité sont des priorités. Puisque nous avons la vision d’un Québec où c’est plus important d’avancer ensemble, que d’arriver premier à la file d’arrivée de la croissance économique mondiale. Et vous savez que tous et toutes se porteraient mieux, qu’on serait plus en santé, plus heureux, plus en sécurité, plus en moyen de contribuer à notre société si tout le monde avait ce qu’il faut pour vivre.

Vous savez comme nous que c’est possible, qu’au Québec, il y a de la place et des ressources.  Nous savons que tout ce qu’il nous manque, c’est de la volonté politique pour mettre de l’égalité dans notre pyramide sociale.  N’auriez-vous pas envie de nous surprendre, et d’être une politicienne cohérente et intègre afin que l’on puisse dire que le Parti québécois est le parti qui a fait! Et non celui qui aurait pu enfin faire quelque chose!

On vous salue debout et fièrement de bien plus haut que d’où vous nous voyez, nous les assistés sociaux et les jeunes qui voulons nous en sortir.

Le Rassemblement de la Jeunesse citoyenne

Bonjour tout le monde!!!

Pour ceux et celles qui êtes venuEs visiter ce blogue en espérant en apprendre davantage sur la France, les discriminations ou vos 2 loups en cavale, vous devez être bien déçuEs…  Bien, dites-vous que le temps qu’on ne prend pas à vous partager ce qu’on fait, on le prend à s’occuper bien comme il faut.  On s’occupe surtout à jaser, et pour jaser on jase.  C’est un beau cadeau qu’on s’offre et qu’on se fait offrir que de pouvoir réfléchir, avec d’autres, à nos actions.  Et on n’avait pas prévu que l’internet soit aussi lent… vous devinerez donc que du peu de temps dont on dispose on ne le passe pas sur internet, mais plutôt à jaser.

Bref, tout ça pour dire qu’on fait nos chroniques vidéo et qu’on va les mettre sur ce blogue à notre retour de voyage.  D’ici là, vous pourrez les trouver sur le groupe facebook du RAJE citoyenne ainsi que plein d’autres liens sur les coupures à l’aide sociale faites par Agnès Maltais, les réactions que ça suscite et les manifs qui s’en viennent.  Et c’est là qu’on se dit que c’est sûrement plus d’intérêt public que nos discussions et nos vidéos qu’on fait de l’autre côté de l’océan.  En tout cas, c’est ce que Max se dit au moment d’écrire ces lignes, quelques heures après avoir pris connaissance de ce qui se passe.

Au plaisir de se retrouver dans l’action au retour

Maxime qui s’en va se coucher avant de retourner dans les réflexions…

 

 

 

_______________________________

Dans le cadre du 14e atelier international sur les discriminations et les inégalités, qui aura lieu à Lille pendant la Semaine de recherches et d’actions sur les discriminations (SRAD) du 1er au 10 mars, nous (Carl Blanchard et Maxime Boucher) vous partagerons nos découvertes.

À chaque soir, nous mettrons en ligne une nouvelle vidéo que vous pourrez regarder à partir de cet article.  Suivez-nous pour en apprendre davantage sur la conscientisation, les discriminations, et les stratégies de lutte collective pour un monde plus égalitaire.  Nous vous présenterons, presque en même temps que nous allons faire leur connaissance, des acteurs et actrices d’ici et d’ailleurs qui ont décidé de s’engager dans le sens de la solidarité sociale (une solidarité sociale qui se conjugue à l’inclusif présent et non pas à l’impératif jamais parfait comme certains ministères…).

Bref, c’est un rendez-vous à chaque soir en France, et à chaque après-midi au Québec!!!

GRANDE PREMIÈRE: VENDREDI LE 1er MARS

La SRAD est organisée par le Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS) et le CLÉ-Nord-Pas-de-Calais.

Vendredi dernier (11 janvier), nous six représentantEs du RAJE citoyenne rencontrions Lucie Godbout, attachée politique de la ministre AgImage5nès Maltais, et son attaché Jean-Denis Kusion.  Cette rencontre avait comme principal objectif de faire connaissance et de voir si le Parti québécois a l’intention d’apporter les changements à l’aide sociale et à Emploi-Québec que le RAJE citoyenne souhaite voir depuis plus de 2 ans déjà pour réduire les inégalités sociales et pour que le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale s’approche davantage de sa mission de solidarité sociale.  Image0

Bien que le Parti québécois ait réduit le budget du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale de 1,1%, madame Godbout nous a assurés que leur priorité était d’aider financièrement les personnes à l’aide sociale par un soutien financier direct et que pour elle ça passait par un accès direct à un agent, la réduction du nombre de documents exigés pour une première demande et une campagne médiatique contre les préjugés.  Ils ont l’intention d’apporter des changements à condition qu’ils ne coûtent pas trop chers.  Concrètement, pour les revendications du RAJE citoyenne ça veut dire de :

- réduire le nombre de documents exigés pour une première demande à un seul document: Image8ex. la carte d’assurances maladie

- encourager le travail par le crédit impôt et de solidarité ou la prime au travail

- élargir le projet pilote sur la contribution parentale à des professionnels de la santé et des services sociaux

- consulter les jeunes pour savoir quels types d’entreprises d’insertion ils veulent voir être créées

- peut-être faire poser des panneaux affichant les droits et responsabilités des personnes et des agentEs dans tous les CLE du Québec

Lucie Godbout a aussi proposé au RAJE citoyenne de nous financer afin de consulter les jeunes sur le développement des entreprises d’insertion sociale.

Il y a donc une porte qui s’ouvre devant nous; la gang du RAJE citoyenne a maintenant à décider de la franchir ou non.

à suivre…

C’est la fin de l’année 2012 et avec elle, la fin de la première étape de la tournée d’animation du RAJE citoyenne dans les Auberges du coeur et des organismes communautaires jeunesse de Montréal, Laval et Longueuil. L’objectif général de cette tournée est la production d’une vidéo sur les facteurs qui poussent les jeunes à sortir de l’école, mais aussi sur les obstacles qui les empêchent de "raccrocher" pour étudier et se former adéquatement. C’est aussi l’occasion pour les jeunes de mettre à contribution leur expertise propre des réalités qu’ils et elles vivent, d’identifier les sources des problèmes rencontrés et, bien sûr, de définir des solutions concrètes. Solutions qui viendront s’ajouter, dans une future étape, aux revendications du RAJE citoyenne et qui seront portées dans nos efforts collectifs pour améliorer l’accès à l’éducation et à la formation. Enfin, le film deviendra un moyen pour sensibiliser et éduquer un public plus large, pour mobiliser des jeunes ayant la volonté et le désir de changer les choses, pour nourrir nos projets et puis, bien sûr, pour faire pression sur "qui de droit"!

En date du 18 décembre, nous avons animé un total de quinze rencontres avec plus d’une centaine de jeunes rassemblés en petits groupes. L’animation a été assumée par des intervenants, des jeunes militants et des stagiaires ayant tous en commun leur engagement au sein du RAJE citoyenne et des Auberges du coeur. Cette première étape avait pour but d’explorer un ensemble de questions ouvertes, principalement:

  • As-tu "décroché" de l’école? Pourquoi?
  • Quels sont, selon toi, les avantages et les inconvénients à décrocher?
  • Qu’est-ce que tu aimes de l’école? Qu’est-ce que tu n’aimes pas? Pourquoi?
  • Que changerais-tu de l’école?
  • Est-ce facile de retourner étudier ou de se former dans un programme qui respecte tes choix?
  • Y a-t-il des liens entre les difficultés d’accès à l’éducation dont on parle et les luttes étudiantes de cette année? Lesquels?

Les réponses obtenues nous guideront pour une seconde étape qui nous permettra d’aller plus loin dans l’analyse et de formuler des solutions concrètes (des revendications, si vous préférez). Et peut-être même de développer un projet d’éducation alternative, qui sait?

Bilan avec M. Caouette

Le 13 décembre dernier, avec l’aide de M. Charles E Caouette (pédagogue et cofondateur d’écoles alternatives), nous avons dresser un bilan de la première étape. Ce bilan vient enrichir une compilation des réponses que nous ont offertes les jeunes durant la tournée. Nous avons donc aujourd’hui un portrait assez clair des problèmes qui poussent les jeunes à quitter l’école, mais aussi ce qu’ils et elles changeraient pour améliorer la réussite scolaire des uns et le raccrochage des autres!

Bilan 3Pour vous mettre en appétit: les inégalités sociales sont largement présentes dans l’analyse des jeunes. La faiblesse, voire l’absence de liens sociaux significatifs dans la vie des jeunes et la pauvreté expliquent pour une large part un ensemble de difficultés qui mènent ultimement à la fin du parcours scolaire. Il faut du soutien engagé et de bonnes conditions de vie pour persévérer et réussir. Ces mêmes inégalités sociales expliquent les obstacles rencontrés par les jeunes lorsqu’ils et elles s’efforcent de retourner aux études ou dans des formations qualifiantes. Qui plus est, ces inégalités viennent souvent contrecarrer leurs efforts pour persévérer dans leurs cheminements lorsqu’ils et elles ont enfin accès à l’éducation ou à la formation. En effet, lorsqu’on entend les jeunes décrire les conditions de vie difficiles dans lesquelles ils et elles doivent "réussir" les programmes qu’on leur offre, on comprend vite que c’est totalement injuste. C’est plus injuste encore lorsqu’on prend en compte les nombreuses années de vies difficiles que la plupart de ces jeunes ont eu avant d’en arriver là où ils et elles en sont aujourd’hui. Par ailleurs, il faut aussi prendre en considération les injustices qui touchent de façon particulière les jeunes femmes et les jeunes issus de différentes minorités culturelles, ciblent de discriminations qui ajoutent trop souvent l’insulte à l’injure. Une hausse des revenus, une véritable gratuité de l’éducation et de la formation, ainsi que la possibilité de créer des liens significatifs semblent donc se dessiner parmi les grandes solutions envisagées.

Les jeunes se questionnent aussi sur la soi-disant autonomie qu’on tente de leur inculquer de force alors que, dans les faits, ils et elles ne peuvent pas exercer leur liberté de choisir. En effet, des jeunes constatent qu’on leur demande de s’adapter au système scolaire alors que celui-ci ne s’adapte pas à eux et à elles? Pourtant, le système scolaire  s’adapte au marché économique! Ces jeunes se demandent pourquoi veut-on contrôler le futur des prochaines générations à ce point? Enfin, ils et elles constatent comme une évidence l’absence de réel pouvoir de choisir leur formation en respect de leurs intérêts, de leurs aspirations, de leurs compétences et de leurs valeurs.

Bilan 2Nous avons aussi parlé de la mission de l’école. Et encore là, nous avons eu de beaux moments d’échanges, cette fois à saveur plus franchement philosophique. On ne peut guère parler de la mission de l’école et du sens de l,éducation sans parler de notre conception de l’être humain. Veut-on des personnes épanouies dans toutes les dimensions de leur être, capables de penser par elles-mêmes, solidaires, responsables, avec de "belles valeurs", ou tout simplement des travailleurs-clients-consommateurs? On sent bien que l’école répond de plus en plus aux besoins de l’économie et de moins en moins aux besoins des jeunes (et des moins jeunes).

Malgré tout, la plupart des jeunes sont pleins d’espoir et veulent un avenir meilleur. Ils et elles sont aussi plein d’intelligence et de sagesse et c’est pourquoi les idées ne manquent pas pour améliorer l’accès à l’éducation et à la formation. Ces idées seront au coeur des prochaines étapes de la tournée d’animation, afin d’en faire de véritables moteurs pour les efforts collectifs du RAJE citoyenne.

Les prochaines étapes de la tournée nous amènera dans les régions du Bas-du-Fleuve, Chaudière-Appalaches, Québec, Centre-du-Québec, Lanaudière, Montérégie, Estrie et Outaouais. La Pocatière, Lévis, Québec, Drummondville, Victoriaville et un bon nombre d’autres villes sont sur notre liste de voeux pour 2013!

Sortie prévue du film: juin 2013! Entretemps, il y a beaucoup de boulot et, sans doute, une manifestation ou deux si le gouvernement actuel se le mérite ;)

Au nom du Rassemblement de la jeunesse citoyenne, des jeunes qui y militent et des organismes qui le soutiennent, nous vous souhaitons une bonne fin d’année 2012 et une année 2013 remplie de merveilleuses rencontres, de liens durables, de luttes collectives, de plaisir et d’humour ;)

S'unir pour exister

Allocution de Carl Blanchard, lors de la conférence de presse (25 novembre 2012) et de la remise du Prix Jean-Pierre Bélanger à l’Association de la santé publique du Québec (26 novembre 2012).

Bonjour,

Je m’appelle Carl Blanchard, je suis un militant du RAJE Citoyenne.

Depuis le début de mon expérience avec le RAJE Citoyenne, j’ai fait de l’animation, j’ai organisé et j’ai pris part à des manifestations et à de nombreuses autres activités comme, par exemple, la Nuit des sans-abris. Je me permets de souligner en passant que le RAJE a été le Coup de cœur de la Nuit des sans-abris 2012). De plus, le RAJE citoyenne m’a permis de rencontrer bien des gens intéressants comme par exemple, Cécile Van de Velde, sociologue de la jeunesse en France (et de réputation internationale) ainsi qu’un groupe d’intervenants-coordonateurs venus de la Belgique pour nous rencontrer et échanger avec nous sur la participation citoyenne des jeunes, et plus encore! 

Plus récemment, j’ai commencé à travailler sur la recherche de financement et je me débrouille plutôt bien.  En fait, pour moi, l’espace RAJE Citoyenne, ça me donne la chance de développer certaines forces qui sommeillaient déjà en moi.  Je l’apprécie vraiment.

Depuis que j’ai commencé à m’impliquer, j’ai agrandi mon réseau social.  J’ai amélioré et développé de nouvelles compétences et du coup, j’ai gagné en estime personnelle.  À mes yeux, le RAJE Citoyenne c’est un beau projet qui est surtout parti d’une volonté de faire changer les choses. Un projet pour plus de justice, pour que les futurs jeunes moins favorisés ne perdent pas trop de temps à comprendre un système parfois trop compliqué, surtout quand on est en situation de précarité. Après deux ans d’existence, nous avons développé une excellente expertise.  En matière de décrochage et de raccrochage scolaire, de mesures de formation et de retour au travail, et surtout sur l’accès à l’aide financière de dernier recours et tout ce qui s’y rattache.  En plus de pouvoir aider les plus jeunes qui arrivent au sein du RAJE, nous espérons que les revendications que nous portons seront entendues afin d’éviter qu’ils soient confrontés aux mêmes difficultés d’accès que nous.

Malheureusement, le financement tire à sa fin. Nous avons suffisamment de fonds pour nous rendre jusqu’en juin. Si vous croyez comme moi que le RAJE citoyenne mérite de garder sa place, je vous invite personnellement à venir me rencontrer. Toute aide sera la bienvenue.

Pour conclure, j’aimerais vous remercier au nom du Rassemblement de la jeunesse citoyenne pour ce prix et vous inviter à nous suivre sur Internet. Et pourquoi pas passer nous voir dans une Auberge du coeur lors de nos réunions? Ou même lancer à des jeunes de votre entourage de venir nous rencontrer lors d’une de nos réunions.

Merci!

Carl Blanchard

Militant du RAJE citoyenne

Regroupement des Auberges du coeur du Québec

Allocution de François Labbé, lors de la conférence de presse (25 novembre 2012) et de la remise du Prix Jean-Pierre Bélanger à l’Association de la santé publique du Québec (26 novembre 2012).

Bonjour et merci.

Mon nom est François Labbé. Je suis agent de recherche et de liaison au RACQ et, à ce titre, j’ai été coordonateur du projet RAJE citoyenne depuis août 2010. Cependant, je tiens à souligner que nous avons embauché dès le départ du projet un jeune diplômé en travail social de l’UQAM, Maxime Boucher, qui a fait l’essentiel du travail d’animation, de mobilisation et d’organisation avec les jeunes, et ce, à temps plein.

Les 29 Auberges du coeur sont présentes dans 10 régions du Québec. Elles accueillent, hébergent et soutiennent des jeunes de 12 à 30 ans, sans abri ou en difficulté. Une Auberge du cœur, c’est un lieu où le jeune peut jeter l’ancre, le temps de se réorganiser, de se mettre en projet en fonction de ses objectifs et avec le soutien d’intervenants et la solidarité des autres jeunes qui vivent ou ont vécu des situations équivalentes. Ces démarches volontaires peuvent le mener vers la recherche d’emploi, le retour aux études ou le milieu familial. L’accompagnement prend souvent la forme d’une médiation familiale, d’un suivi post-hébergement, de la location d’un appartement avec soutien communautaire, de la défense de droits, ou d’un travail d’éducation populaire favorisant l’exercice d’une citoyenneté responsable. L’ensemble de ces actions s’inscrit dans une approche communautaire qui se veut alternative et globale.

Encourager l’engagement citoyen des jeunes qu’elles soutiennent figure parmi les principales visées de l’intervention des Auberges du cœur. Le projet RAJE citoyenne est venu au monde pour améliorer cet aspect de leurs pratiques.

Dans mon rôle et de mon point de vue privilégié, j’ai pu participer à l’ensemble des actions et des activités du RAJE citoyenne et être le témoin des efforts des jeunes, des intervenants et de mon collègue Maxime, pour réussir, à toutes les étapes du projet. J’ai été témoin des obstacles qu’ils ont rencontré et, bien sûr, de leurs succès.

Le Rassemblement de la jeunesse citoyenne est un espace d’expérimentation d’une citoyenneté engagée, avec, par et pour les jeunes sans-abri ou en difficulté. Dans cet espace, les intervenants des Auberges du cœur ont pour rôle premier de former les jeunes aux différents rôles-clés de l’action citoyenne collective et de les inviter à mettre à contribution leurs savoir-faire.

Ce sont les premiers jeunes militants.tes, en août 2010, qui ont choisi d’agir ensemble pour améliorer l’accès à l’aide sociale, à l’éducation et à la formation, qui étaient (et qui restent) des sources majeures d’inégalités sociales, ayant des conséquences graves et multiples dans plusieurs dimensions de la vie des jeunes adultes.

C’est aussi ces jeunes qui ont donné une personnalité propre au RAJE citoyenne, qu’on reconnaît à ses vidéos engagées, son blogue, ses manifestations publiques colorés, son humour sarcastique et bien sûr sa bannière du Loup enrajé qu’ils se sont transmis, comme un flambeau, de militants à militants.

Pour prendre la mesure du chemin accompli et des succès obtenus, il faut prendre conscience des défis et des obstacles qui se dressaient devant nous. J’en aborde brièvement quelques-uns.

D’abord, la mobilisation des jeunes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale dans des actions citoyennes représente un immense défi, compte-tenu de leurs conditions de vie et de leurs ressources matérielles.

Ces jeunes sont rejoints au moment où ils sont souvent sans ressource matérielle et mènent des vies extrêmement précaires. Ils vivent dans l’urgence de répondre à leurs besoins de base. Pour plusieurs, c’est la lutte quotidienne pour la survie. Avec souvent pour conséquence que leur santé physique et mentale devient fragile.

Dans ces circonstances, on comprendra que la plupart d’entre eux, d’entre-elles, sont dans un état de souffrance qui les poussent à se replier sur eux-mêmes. Les injustices qu’ils et elles vivent tous les jours, et qui les font souffrir, ne suffisent pas à les mobiliser dans des actions citoyennes et collectives pour affirmer leurs droits et améliorer leur sort.

Les jeunes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale sont aussi sans ressource matérielle, ni organisation pour soutenir leur engagement. L’engagement citoyen demande du temps, mais aussi des ressources matérielles pour organiser et mobiliser (locaux, téléphone, ordinateur, moyens de déplacements, etc.).

RAJE citoyenne propose au contraire à ces jeunes de briser leur isolement, de créer du lien de solidarité et d’occuper l’espace public, politique, pour témoigner des injustices qu’ils et elles vivent et proposer des solutions. Il met également à leur disposition les ressources qui leur font défaut et qui sont essentielles à l’action citoyenne: intervenants, locaux, téléphones, ordinateurs, moyens de se déplacer, repas, etc.).

Ensuite, les enjeux pris en charge par les jeunes du RAJE citoyenne, particulièrement l’accès à l’aide sociale, sont entourés de préjugés largement répandus dans la population. Des préjugés que les décideurs politiques connaissent et qui les servent plutôt bien lorsque vient le temps de nier les problèmes ou de dire « non » aux revendications des jeunes.

ENFIN, on comprendra que ça prend du COURAGE, pour un petit groupe de jeunes méprisés, discriminés, d’aller dans l’espace publique, dans la rue, sous le regard du public, des médias, pour une cause impopulaire, par des moyens impopulaires. Au début, ce sont les plus courageux et courageuses qui s’engagent et deviennent des leaders et des modèles pour les autres. Pour les trouver, il faut accepter de rencontrer beaucoup, beaucoup, de jeunes.

Malgré ces défis et ces obstacles, le RAJE citoyenne a connu un certain nombre de succès et de retombées positives, pour les jeunes, pour les Auberges du cœur et pour la collectivité.

On parle bien sûr de plus de 1700 jeunes rencontrés, d’une douzaine de jeunes et d’intervenants qui ont mis à contribution leur expertise, leurs compétences et leurs créativités, de quelques dizaines de capsules vidéos engagées, dont quelques-uns sont maintenant utilisées par des profs de travail social, d’une dizaine de manifestations colorées dont une particulièrement réussie et qui demandait l’asile politique à la Finlande, pays où l’on reconnaît vraiment la valeur de la liberté, de l’éducation et de la formation.

On parle aussi de rapports plus égalitaires entre intervenants et jeunes impliqués dans le RAJE citoyenne, d’une reconnaissance d’une expertise de part et d’autre. Reconnaissance aussi d’une interdépendance : pour transformer la société, les intervenants et les jeunes doivent être solidaires et agir ensemble.

Je voudrais terminer en citant trois auteurs, issus de l’École de travail social de l’UQAM (Jean-François René, Isabelle Morissette et Laurence Caron) qui ont observé le RAJE citoyenne en action et analysé ses productions vidéos et écrites sur Youtube, le blogue et Facebook. Ils soulignent, à leur façon, d’autres retombées positives des efforts du RAJE citoyenne:

Perçus au départ comme inoffensifs politiquement, au fur et à mesure des actions collectives et des manifestations, ils existent un peu plus en tant que citoyens (…). Ils agissent en tant que jeunes vivant des problèmes d’insertion, subissant mépris, harcèlement et discrimination, des jeunes que l’on croyait incapable dans bien des milieux d’intervention, d’agir avec d’autres. Quand ils frappent à la porte du ministère, en demandant de faire preuve d’ouverture et de tenir compte du contexte social avant de les juger, ils dérangent encore plus parce qu’ils le font sans gêne, en n’ayant rien à perdre, en n’utilisant pas les canaux habituels, plus institutionnels. Au jargon bureaucratique, et à la lourdeur du système, ils opposent leur propre langage, leurs propres symboles, ce qui est inattendu, et peut créer un malaise, voire une fin de non-recevoir (comme ce fut le cas avec le blogue). Et ce qui était pour les institutions qu’un simple problème bureaucratique de gestion, devient un enjeu politique, par la mise en lumière d’un rapport de domination.

Ce que soulignent les auteurs, c’est le fait que :

Ces Loups solidaires font exister dans l’espace public des inégalités sociales graves qui étaient jusque-là quasi invisibles et ils en ont fait un enjeu politique que le Ministère (de l’Emploi et de la Solidarité Sociale) ne peut plus nier et avec lequel il doit désormais composer. Ainsi, malgré une période de conflit ouvert avec le RAJE citoyenne, le Ministère a fini par accepter de discuter avec les jeunes des problèmes et de leurs solutions.

Enfin, les jeunes et les intervenants engagés ont pris conscience de leur rôle d’acteur politique et de leur capacité à prendre en charge des problèmes qui semblaient jusque-là trop grands pour eux.

Merci.

 

François Labbé

Agent de recherche et de liaison

Regroupement des Auberges du coeur du Québec